Juriste de formation, docteur en droit, conseillère en gestion de patrimoine indépendante et présidente d’un club d’affaires Dynabuy à Toulouse Nord, Marlène Jamin possède un parcours atypique qui l’a conduite du monde de la formation à celui du conseil patrimonial. À travers cette interview, elle revient sur les étapes qui ont marqué son parcours, partage son expérience du développement commercial et livre son analyse d’un marché immobilier encore fragilisé par la hausse des taux.
D’une formation juridique à la gestion de patrimoine
Comme de nombreux professionnels du conseil, Marlène Jamin n’est pas arrivée dans la gestion de patrimoine par hasard. Son parcours débute par des études de droit qu’elle poursuit jusqu’au doctorat. Très tôt, elle crée sa propre activité de formation dans le domaine juridique avant de découvrir progressivement l’univers de la banque, de l’assurance et de la finance. Ses premiers dossiers de formation concernent notamment la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que les contrôles menés par l’ACPR. Ces missions lui permettent d’approfondir le droit bancaire, financier et fiscal et de se familiariser avec les contraintes réglementaires qui pèsent sur les professionnels du secteur.
Parallèlement, elle exerce des fonctions juridiques auprès d’un éditeur de logiciels spécialisés dans la gestion de patrimoine. Cette expérience lui permet d’observer de l’intérieur le fonctionnement des cabinets de conseil, leurs obligations réglementaires, leurs procédures de conformité et leurs méthodes de travail.
Après avoir obtenu la certification AMF, elle décide finalement de franchir le pas et de créer son propre cabinet de conseil en gestion de patrimoine. Son immatriculation intervient au printemps 2025.
« Je connaissais déjà beaucoup de professionnels du secteur, explique-t-elle. Je me suis dit que je pouvais mettre cette expérience au service de mes propres clients. »
Aujourd’hui, son activité s’articule autour de plusieurs domaines : le conseil patrimonial, les placements financiers, l’assurance, l’immobilier d’entreprise et l’accompagnement juridique des chefs d’entreprise dans certaines opérations sociétaires.
Créer un cabinet ne suffit pas
Comme beaucoup d’indépendants, Marlène Jamin s’est rapidement heurtée à une réalité souvent sous-estimée : la compétence technique ne garantit pas l’arrivée des clients.
« Ce n’est pas parce qu’on crée son cabinet que les clients frappent à la porte », résume-t-elle.
Cette réflexion l’a conduite à s’intéresser de près au développement commercial et à la création de réseaux professionnels. C’est dans ce contexte qu’elle rejoint puis développe un club d’affaires Dynabuy dont elle assure aujourd’hui la présidence sur le secteur de Toulouse Nord. Pour elle, cette démarche a joué un rôle déterminant dans le lancement de son activité.
Dynabuy : un réseau fondé sur la recommandation
Le principe du club d’affaires est relativement simple : les membres se réunissent tous les quinze jours afin de présenter leur activité, développer leurs relations professionnelles et apprendre à mieux connaître les compétences de chacun.
Une caractéristique distingue toutefois ce modèle : l’exclusivité des métiers sur un secteur donné. Dans chaque club, une seule personne représente une profession donnée. Ainsi, lorsqu’un conseiller en gestion de patrimoine, un courtier en crédit, un expert-comptable ou un artisan rejoint le groupe, aucun autre professionnel exerçant exactement la même activité ne peut occuper sa place.
L’objectif est clair : favoriser la confiance et encourager les recommandations.
« Lorsque vous connaissez bien un professionnel et sa manière de travailler, vous êtes beaucoup plus à l’aise pour le recommander à vos clients ou à vos partenaires », explique Marlène Jamin.
Les réunions permettent également aux invités de découvrir le fonctionnement du réseau avant d’envisager une éventuelle adhésion. Au-delà des rencontres régulières, les membres disposent d’outils de communication partagés et participent à différents événements organisés localement ou régionalement.
La réciprocité avant tout
Pour Marlène Jamin, la réussite d’un réseau professionnel repose sur un principe simple : la réciprocité.
L’objectif n’est pas d’attendre passivement que les autres apportent des affaires. Chaque membre doit également contribuer à la dynamique collective en partageant ses contacts, en recommandant les autres adhérents et en participant activement à la vie du groupe.
« On ne peut pas faire des affaires avec une chaise vide », résume-t-elle.
Cette philosophie explique également l’importance accordée à la participation régulière aux réunions et à l’implication personnelle des membres. Selon elle, un club d’affaires fonctionne d’abord grâce à l’énergie de ses participants et à la capacité de son animateur à créer une véritable dynamique collective.
Un exemple concret
Les bénéfices d’un réseau apparaissent souvent dans des situations très simples. Marlène Jamin évoque ainsi le cas d’une invitée venue découvrir une réunion du club. Au cours des échanges, cette dernière explique qu’elle recherche un financement pour un projet immobilier. La discussion permet immédiatement de l’orienter vers la courtière en crédit membre du groupe.
Pour Marlène Jamin, cet exemple illustre parfaitement l’intérêt du réseau : permettre à des professionnels de se rencontrer dans un cadre de confiance et de transformer naturellement les échanges en opportunités d’affaires.
Le développement local reste une force
À l’heure où une grande partie de la prospection passe par Internet, les réseaux sociaux ou la publicité en ligne, Marlène Jamin reste convaincue de l’importance des relations de proximité. Selon elle, les indépendants ont tout intérêt à sortir de leur bureau, rencontrer d’autres dirigeants et participer à la vie économique locale.
« Faire du réseau local fonctionne réellement », affirme-t-elle.
Cette conviction repose sur une observation simple : dans les métiers du conseil, la recommandation demeure l’un des principaux moteurs de développement. Les clients accordent naturellement davantage de confiance à un professionnel qui leur est recommandé par une personne qu’ils connaissent déjà.
Un marché immobilier encore sous pression
Interrogée sur l’actualité du secteur, Marlène Jamin constate que le marché immobilier résidentiel reste fortement perturbé. Selon elle, la hausse des taux d’intérêt a profondément modifié l’équilibre entre acheteurs et vendeurs.
Dans certaines zones, le nombre de biens proposés à la vente dépasse largement celui des acquéreurs potentiels, ce qui accroît les marges de négociation. Elle observe également que certains investisseurs disposant de liquidités profitent actuellement de cette situation pour réaliser des acquisitions dans de meilleures conditions.
Parallèlement, plusieurs phénomènes sociaux continuent d’alimenter le marché des ventes forcées ou contraintes, notamment les séparations de couples qui conduisent fréquemment à la revente du logement détenu en commun.
Pour Marlène Jamin, c’est principalement la hausse des taux qui explique les difficultés actuelles du marché, davantage que les contraintes réglementaires pesant sur l’octroi des crédits.
Le conseil qu’elle donnerait aux futurs intermédiaires
Si elle devait transmettre un seul message aux professionnels qui souhaitent se lancer dans les métiers du conseil, de l’assurance, du crédit ou du patrimoine, ce serait probablement celui-ci : ne restez pas seuls.
La maîtrise technique est indispensable. La conformité réglementaire l’est tout autant. Mais la réussite passe également par la capacité à construire un réseau de partenaires de confiance.
Experts-comptables, avocats, courtiers, agents immobiliers, chefs d’entreprise, assureurs ou consultants : chaque rencontre peut devenir une source de recommandations, de partenariats ou de nouvelles opportunités.
« Les meilleurs professionnels ne sont pas toujours ceux qui connaissent le plus de choses. Ce sont souvent ceux qui savent créer des relations durables et inspirer confiance. »
Dans un environnement économique de plus en plus concurrentiel, cette capacité à développer et entretenir un réseau pourrait bien constituer l’un des avantages compétitifs les plus précieux pour les indépendants de demain.
Propos recueillis par
Jerome CUSANNO
Le 8 juin 2026
Contact :
| Marlène JAMIN |
| Directrice d’Agence Fenouillet – Saint-Jory – Bruguières |
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