ÉDITO – JUIN 2026

Chaque année, le même phénomène se reproduit. À l’approche de l’été, les dossiers ralentissent légèrement, les rendez-vous se font parfois moins nombreux, les familles commencent à préparer les vacances et les professionnels aspirent légitimement à quelques semaines de respiration. Pourtant, derrière cette période plus calme se cache souvent un piège : celui de croire que la formation peut attendre septembre. C’est précisément l’inverse.

L’été constitue probablement le meilleur moment de l’année pour prendre du recul, actualiser ses connaissances et consolider ses compétences. Non pas en s’enfermant dans une salle de cours pendant plusieurs jours, mais simplement en consacrant une heure par jour à sa veille professionnelle. Une heure. Pas davantage.

À raison d’une heure quotidienne pendant une semaine, un professionnel peut déjà consacrer sept heures à son développement. Neuf jours permettent même d’atteindre neuf heures de mise à jour. Rapporté à une année entière, l’effort demandé est finalement dérisoire. Les conséquences d’une absence de formation, en revanche, peuvent être considérables.

Nous ouvrons ce mois-ci nos colonnes à Marc Nourry, professionnel reconnu du regroupement de crédits, qui exerce depuis près de trente ans dans ce secteur. Son parcours rappelle une vérité simple : les professionnels qui durent sont ceux qui continuent d’apprendre. Derrière la stabilité apparente d’une carrière se cache une capacité permanente d’adaptation. Les marchés changent, les produits évoluent, les banques modifient leurs politiques, les réglementations se renforcent et les attentes des clients se transforment. Se former n’est pas un coût. C’est un investissement dans sa propre pérennité.

Cette nécessité apparaît également à travers l’analyse juridique proposée par Maîtres Katarzyna Hocquerelle et Laurent Denis sur la responsabilité du courtier en cas de refus de prêt. Cette décision rappelle l’importance fondamentale du mandat, de la preuve des diligences accomplies et de la maîtrise des règles juridiques applicables à notre profession. Dans un environnement où les contentieux demeurent nombreux, la meilleure protection du professionnel reste encore sa compétence et sa capacité à démontrer qu’il a correctement exécuté ses obligations.

La conformité occupe également une place importante dans ce numéro. L’Union européenne vient d’adopter une nouvelle directive anti-corruption qui renforce encore les exigences applicables aux entreprises. À première vue, certains pourraient penser que ce sujet concerne essentiellement les grandes multinationales ou les responsables politiques. Ce serait une erreur. Derrière cette réforme se dessine une tendance de fond : l’Europe exige désormais des entreprises qu’elles identifient, évaluent et maîtrisent leurs risques. Cette logique est déjà familière aux professionnels soumis aux obligations de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

Cette même logique se retrouve dans notre article consacré à la Commission Nationale des Sanctions. Longtemps restée discrète, cette autorité prononce aujourd’hui un nombre croissant de sanctions à l’encontre de professionnels ayant négligé les fondamentaux de la conformité. Ce qui frappe à la lecture des décisions, ce ne sont pas les montages criminels sophistiqués. Ce sont les oublis du quotidien : absence de procédure, défaut de cartographie des risques, insuffisance de formation ou carences dans la connaissance client. Autrement dit, des manquements qui auraient souvent pu être évités par un effort régulier de mise à jour des compétences.

La sanction de vingt millions d’euros infligée à la Société Générale par l’ACPR illustre également cette réalité. Même les plus grands acteurs du marché ne sont plus à l’abri lorsqu’ils négligent les règles de protection de la clientèle. Le devoir de conseil, le recueil des exigences et besoins, l’information précontractuelle ou encore la traçabilité des parcours de souscription demeurent des obligations incontournables. Là encore, la compétence constitue la première ligne de défense.

Les risques évoluent également sur le terrain numérique. Le dossier consacré aux IBAN frauduleux et au nouveau registre mis en place par la Banque de France montre que la fraude moderne ne repose plus uniquement sur la technique mais de plus en plus sur la manipulation psychologique et l’exploitation des informations détenues par les professionnels. Face à ces nouvelles menaces, la vigilance et la formation deviennent des outils de protection aussi importants que les solutions informatiques elles-mêmes.

Cette problématique rejoint naturellement notre dossier consacré à la protection des données personnelles. Les intermédiaires de crédit manipulent quotidiennement des informations relatives à la vie de leurs clients. Identité, revenus, patrimoine, relevés bancaires, situation familiale : autant de données dont la collecte, l’utilisation et la conservation doivent respecter un cadre juridique précis. 

Enfin, nous revenons sur une réalité encore trop méconnue : depuis la réforme de 2022, les sept heures annuelles de formation ne suffisent plus à elles seules. La question n’est plus seulement de savoir si l’on a suivi sept heures de formation. La véritable question est de savoir si l’on a suivi les bonnes formations, adaptées aux activités réellement exercées. Crédit immobilier, regroupement de crédits, financement professionnel, assurance emprunteur, conformité, LCB-FT ou protection des données : chaque activité appelle des compétences spécifiques.

Le métier d’intermédiaire évolue rapidement. Les exigences réglementaires augmentent. Les risques se diversifient. Les autorités contrôlent davantage. Les clients sont mieux informés. Les contentieux se multiplient. Dans cet environnement, la compétence devient un avantage concurrentiel majeur.

Alors, à l’approche de l’été, pourquoi ne pas transformer quelques heures de détente en véritable investissement professionnel ? Une heure par jour pendant quelques jours. Un simple cahier de vacances de l’IOBSP.

Bonne lecture 

Jérôme CUSANNO
Directeur de publication de l’IOBETTE

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