Marc Nourry : trente ans de regroupement de crédits, la boussole intacte

Installé en Occitanie, Marc Nourry exerce depuis 1998 dans le regroupement de crédits. MNE indépendant, il travaille depuis plus de vingt ans avec son épouse et co-fonde il y a six ans le GIE RACCORD, réseau de dix-huit mandataires non exclusifs partageant production, expertise et transparence. Rencontre avec un professionnel qui parle peu mais parle juste.

Un parcours né d’une rencontre

Tout commence en 1998. Marc Nourry entre dans le regroupement de crédits comme salarié, auprès de Mme Brière, ancienne salariée du Crédit Foncier de France qui exerce alors à son compte. 

“Elle m’a appris le métier vraiment de A à Z, parce qu’à l’époque on faisait quand même beaucoup d’hypothécaires.”

Deux ans plus tard, Mme Brière prend sa retraite. Marc Nourry n’hésite pas : il se monte à son compte. Les mandats bancaires, plus accessibles qu’aujourd’hui, lui ouvrent les portes. Et il est déjà connu sur la place. C’est aussi en 1998 qu’il assiste à la fondation de l’AFIB, créée avec Jean-Claude Piogé.

“Je peux dire que j’étais vraiment à la naissance de l’AFIB. C’est pour ça que je suis un dinosaure du crédit — ça va faire une trentaine d’années.”

Depuis 2001, Marc est à son compte, aux côtés de son épouse. Le cabinet, installé en Languedoc, couvre toute la France. Le modèle repose quasi exclusivement sur la prescription bancaire : trente ans de visites régulières aux banquiers ont construit un réseau de confiance que les leads — dont il s’est définitivement écarté — n’auraient jamais pu offrir. Aujourd’hui, 95 % de sa production provient du dossier banque.

“Il y a des banquiers que j’ai connus conseillers clientèle et qui aujourd’hui sont directeurs de groupe. Ça aide, forcément.”

Sur la question des leads, il est tranché : leur industrialisation les a vidés de leur substance, revendus à plusieurs cabinets par des sociétés qui en ont fait un centre de profit accessoire. Je lui indique, d’ailleurs, que l’ACPR a encadré leur usage en matière d’assurance, et il y a de fortes chances que la réglementation suivra la même logique côté crédit.

Un secteur sous pression : l’effet de ciseaux menace

Marc Nourry parle de l’actualité du secteur avec la sérénité de celui qui a traversé 2008, le Covid et toutes les crises intermédiaires. Mais il ne minimise pas ce qui vient.

Taux et usure. La conjonction entre la remontée des taux bancaires et le taux d’usure crée, comme en 2022-2023, un effet de ciseaux dévastateur pour le regroupement de crédits. Les honoraires d’intermédiation, souvent conséquents en RAC — le terme consacré, même si on lui  préfère le vocable exact de regroupement de crédits — font basculer les dossiers dans le hors-usure avant même d’être présentés.

“Je pense qu’on va arriver comme en 2008 où ça va être chaud pour gagner notre vie et pour que les dossiers passent.”

La raréfaction du L2S hypo consommation. Au moment de notre entretien, seul My Money Bank continue de financer des regroupements hypothécaires de type consommation (ce que les professionnels appellent encore parfois, à tort, le LS2). 

Les autres établissements ont suspendu ce segment, ne parvenant plus à dégager de marge. Un constat brutal qui contraint les mandataires spécialisés à revoir leur modèle.

La diversification comme impératif. Face à ce contexte, le GIE RACCORD s’est résolument tourné vers de nouveaux segments. Marc Nourry cite en particulier le leaseback : refinancement du matériel professionnel d’entreprise, sans exclusion sectorielle — CHR, agriculture, viticulture — avec l’avantage d’une garantie matérielle solide en cas de défaillance. Au moment de notre échange, il travaille sur le refinancement d’une machine à vendanger et d’un tracteur viticole.

“Le banquier, souvent, se voit au maximum de ses concours. Quand il est au bout du bout, il ne peut plus rien faire. Nous, on peut.”

Il pratique également le viager hypothécaire (un à deux dossiers par an, historiquement via le Crédit Foncier de France, désormais repris par la Banque Populaire), et la vente à réméré — mais uniquement avec l’accompagnement de Protectimmo, seule société offrant à ses yeux une sortie garantie au terme de l’opération.

“Vendre un réméré sans la sortie, c’est laisser le client se tirer une balle dans le pied. Je veux pas de soucis, et surtout, moralement, c’est moche.”

Un produit à inventer. Marc Nourry formule une conviction claire sur l’évolution nécessaire du marché : un RAC propriétaire consommation sur vingt ans, sans garantie. Les ménages qui ont contracté des prêts immobiliers à 0,3 ou 1 % sur vingt-cinq ans il y a quatre ou cinq ans ont aujourd’hui accumulé de nouveaux encours — voiture, études, besoins courants — et se retrouvent bloqués par les normes HCSF à 35 % d’endettement. Un regroupement hypothécaire classique ne passe plus à douze ou quinze ans.

“La durée a toujours progressé : six ans, huit, dix, douze, quinze. Pour moi, la prochaine étape, c’est le RAC conso propriétaire – sans garantie – sur vingt ans.”

Le message : régulariser le co-courtage entre IOBSP

Si Marc Nourry n’est pas du genre à monter aux barricades, il a un message clair à faire passer à la profession et aux associations professionnelles agréées : le co-courtage ou co-portage de dossiers entre MNE doit être légalisé.

“Ce qui me dérange, c’est qu’un MNE ne puisse pas travailler légalement avec un autre MNE. Parce que sous le manteau, on sait que ça se fait. On se débrouille, mais ça reste interdit.”

Pour travailler dans les règles, Marc Nourry dispose d’une structure MIOB, filiale à 100 % de son entreprise, qui lui permet de passer ces dossiers en co-intermédiation de façon conforme. Il reconnaît lui-même que c’est une construction juridique ad hoc qui ne devrait pas être nécessaire.

La question du mandat tripartite est au cœur du sujet. Pour lui, qu’il s’agisse d’un MIOB envoyant un dossier à un MNE ou de deux MNE travaillant ensemble, la relation est toujours tripartite dès lors qu’il y a une banque au bout de la chaîne. Empêcher des professionnels immatriculés, formés et assurés de collaborer ouvertement revient à pénaliser la profession sans protéger réellement le client.

“Du moment que c’est transparent, que le client est informé et que chaque intervenant est en règle, ça ne regarde pas les tiers. Il faut changer la loi.”

La rémunération one-shot : un principe à défendre. Marc Nourry est également préoccupé par la jurisprudence européenne sur le remboursement du mandat en cas de remboursement anticipé du prêt. Pour lui, la rémunération de l’IOBSP a toujours été et doit rester attachée à un service rendu, non à une solution dans le temps. Facturer une prestation, la livrer, être payé : c’est le même principe que les frais d’agence immobilière. Il appelle les instances à s’en saisir rapidement, y compris en fédérant les grands groupes qui seront, eux aussi, directement impactés.

La formation : entre obligation et qualité. Sur le millefeuille réglementaire, Marc Nourry concède qu’il s’en sort, mais il n’est pas convaincu qu’il faille s’y remettre chaque année. 

Il rappelle également l’importance de varier les thèmes de formation d’une année sur l’autre — exigence réglementaire souvent négligée — et salue la richesse de l’offre disponible pour les IOBSP spécialisés RAC : immobilier, hypothécaire, bonnes pratiques, LCB-FT. Les modules existent. Encore faut-il les exploiter.

Conseils : patience, humain et trésorerie

“Si quelqu’un veut entrer dans cette profession aujourd’hui, mon premier conseil… c’est d’attendre un peu que ça se décante.”

Le ton est direct. Marc Nourry ne cherche pas à faire briller le métier pour séduire des candidats. Il sait que les mandats bancaires en direct pour un MNE débutant sont quasi impossibles à obtenir aujourd’hui : les banques rechignent à intégrer et suivre de nouveaux entrants pour un volume réduit. La voie réaliste passe par le statut MIOB dans un premier temps, à condition de surveiller attentivement le coût du ticket d’entrée dans certains réseaux franchisés.

Maintenir une saine trésorerie. Dans un marché cyclique, c’est la variable de survie. Les petites structures familiales comme la sienne, avec peu de charges fixes, peuvent serrer sans mourir. Les grands réseaux salariés, eux, n’ont pas cette souplesse.

Préserver l’humain. Marc Nourry reçoit ses clients, se déplace chez eux quand leur âge ou leur situation le justifie, se déplace chez les banquiers. Il assiste à toutes ses signatures de prêts hypothécaires. Il lui est arrivé de réduire son mandat chez le notaire pour combler le découvert d’un client, afin que celui-ci reparte vraiment à zéro. Ce n’est pas de la philanthropie : c’est sa méthode de travail, et les banquiers le savent.

“Notre truc, avec mon épouse, c’est l’humain. On était content quand des gens venaient dépités chez nous et repartaient avec un sourire. Il y avait une valeur ajoutée réelle.”

Il ne pratique pas de montant minimum : un dossier de 3 000 euros est un dossier. Trois cents dossiers à 150 € de commission, ça fait du chiffre. C’est mathématique, et c’est surtout cohérent avec la philosophie d’un métier qui, à ses origines, consistait à sortir des familles de situations financières difficiles.

RACCORD en bref

Groupement d’intérêt économique créé il y a six ans à l’initiative de Marc Nouri, Jérôme Aygalin (Estim Finance, région lyonnaise) ,Marianne Gervais (GD Finances) et Adrien VILLAIN (DIVZ région nantaise). RACCORD rassemble aujourd’hui dix-huit mandataires non exclusifs ou courtiers indépendants, partageant un CRM commun, une transparence totale sur la production, aucune exclusivité territoriale et une gouvernance sans ego. Candidatures sur le site du groupement. Ouverts aux MNE comme aux courtiers IOBSP.

Propos recueillis par 

Jérôme CUSANNO 

Le 27/04/2026

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