Florent GRUSSENMEYER :

Vingt ans de banque, et l’envie d’être soi-même

Cofondateur d’Orbifinance dans le Var, Florent Grussenmeyer a quitté la banque en 2010 après vingt ans de carrière pour se lancer dans l’intermédiation de crédit. Formateur passionné, praticien exigeant, il partage avec nous sa vision d’un métier en pleine mutation, où l’humain reste, selon lui, l’atout irremplaçable.

DU GUICHET BANCAIRE À L’INDÉPENDANCE

Florent Grussenmeyer commence sa vie professionnelle en 1990, au guichet du Crédit Agricole à Montpellier. Vingt ans de banque vont suivre — Crédit Agricole, CIC, Crédit du Nord — en passant par toutes les strates du métier : particuliers, professionnels, gestion de patrimoine, management d’agence. Il termine directeur d’agence. En parallèle, pendant dix-sept ans, il enseigne au CFPB — devenu depuis l’École Supérieure de la Banque — les techniques bancaires en BTS, puis les masters CGP et enfin le management en ITB. La formation, chez lui, est une vocation autant qu’une expertise.

En 2010, la décision est prise : Florent quitte la banque avec son associé Jean Laumain — lui aussi ancien cadre du CIC, créateur du pôle prescripteur immobilier à Toulon — pour fonder Orbifinance. « Je suis issu d’une famille d’entrepreneurs. L’envie était là depuis longtemps. À 42 ans, j’ai franchi le pas. » Ce n’est pas la transformation de la banque qui l’a poussé dehors — même si les mutations ont conforté son choix en chemin. C’est l’envie d’entreprendre, d’exercer son métier avec l’autonomie qu’il sentait s’éroder. La vente de téléphonie mobile au CIC aura finalement été, dit-il avec le sourire, « l’estocade ».

Pendant neuf ans, Orbifinance rejoint la Centrale de Financement, qui ouvre les portes de partenaires bancaires jusqu’alors inaccessibles aux cabinets indépendants — Banque Postale, BNP Paribas, CCF. Le cabinet monte en puissance, recrute des mandataires, couvre le sud du Var du golfe de Saint-Tropez aux Bouches-du-Rhône. Puis les visions divergent, et les deux associés reprennent leur pleine indépendance. Ils sont de nouveau deux. Et ils l’assument pleinement.

« Je suis traducteur français-banquier, banquier-français. »

L’INDÉPENDANCE, VRAIMENT

« Aujourd’hui, notre modèle économique est fondé sur nos honoraires. Si on a une commission bancaire, tant mieux. Mais ce n’est pas ça qui va nous faire choisir tel ou tel partenaire. » L’an dernier, près de 70 % des dossiers d’Orbifinance n’ont généré aucune commission bancaire. Un choix délibéré, qui libère le conseil de tout conflit d’intérêt — notamment sur l’assurance emprunteur, sujet sur lequel Florent ne transige pas.

Il se décrit volontiers comme un « traducteur français-banquier, banquier-français ». La formule résume tout. Sa valeur ajoutée n’est pas de trouver un taux — la nouvelle génération le fait elle-même sur ChatGPT avant de venir le voir. Elle est de rendre intelligible ce que les institutions financières produisent, et d’accompagner les clients dans leurs vrais projets de vie. « Ils connaissent la loi Lemoine, ils savent qu’ils peuvent changer d’assurance. Mais ils me demandent s’il vaut mieux se marier ou se pacser avant d’acheter, ce qu’est une SCI, comment fonctionne la fiscalité du meublé. C’est là qu’ils ont besoin de nous. »

C’est pour répondre à cette demande nouvelle qu’il est retourné sur les bancs de la fac, à Toulouse, pour décrocher un master 2 d’ingénierie du patrimoine. L’expérience lui a confirmé la nécessité des connaissances transversales — juridique, fiscal, patrimonial — sans pour autant le convaincre de basculer vers une activité de CGP à part entière : « Le formalisme et la lourdeur administrative qu’on connaît en IOBSP sont décuplés en CGP. » Il a tiré le meilleur des deux mondes : il ne distribue plus d’assurance vie, mais il sait en parler, orienter ses clients, et travailler en synergie avec son ancien cabinet de CGP.

CE QU’IL DIT DE L’ACTUALITÉ DU SECTEUR

Sur les normes HCSF, Florent est dur. Il perçoit une tendance de fond — doublement de la taxe sur les logements vacants à Paris, suppression du calcul différentiel dans l’investissement locatif — comme une volonté non dite de freiner la propriété immobilière. « Je ne comprends pas qu’à l’heure où l’on parle de problèmes de financement des retraites, on ne mette pas en avant l’immobilier comme une épargne retraite à part entière. » 

Le cas d’un couple de retraités percevant 17 000 euros de revenus mensuels à deux, propriétaire de sa résidence principale, qui ne peut pas financer un investissement locatif en Pinel l’a particulièrement frappé. « S’ils ne passent pas, qui passe ? »

Sur le taux d’usure, il anticipe une pression renouvelée d’ici la fin 2026. « La BCE va probablement remonter ses taux au 1er juillet. On va se retrouver, comme après le Covid, dans un effet de ciseau : les barèmes des banques qui montent, le taux d’usure qui réagit avec un décalage de trois mois. Des dossiers de qualité qui ne passent plus. » La situation est déjà sensible dans le Var, où une clientèle plus âgée est particulièrement exposée à l’intégration du coût de l’assurance dans le TAEG.

Sur l’inclusion des honoraires de courtage dans le TAEG, il est à la fois clair et irrité. Le code de la consommation est explicite : le recours à un courtier n’est pas une condition d’octroi du crédit. « C’est limpide. Pourtant, chaque banque fait comme elle veut. Certaines n’intègrent pas toutes les garanties d’assurance dans leur TAEG. Les grandes enseignes nationales, mieux placées pour faire remonter ces pratiques, lui semblent trop silencieuses sur le sujet.

Sur la disparition de Courtensia — qui a vu son agrément de l’ACPR lui être retiré faute d’un nombre suffisant d’adhérents — il exprime une surprise sincère : « Je pensais y adhérer l’an prochain. » Il comprend la mécanique réglementaire, mais regrette la gestion de la transition pour les adhérents, contraints de migrer dans l’urgence. 

Quant à l’UIC et à Bérangère DUBUS, son hommage est sans ambiguïté : « Le combat qu’elle a mené pour la reconnaissance du mandat est exceptionnel. Monter voir le gouverneur de la Banque de France, il fallait le faire. » « Sur le fond, je suis 100 % d’accord avec elle. » Il n’exclut pas de revenir un jour à l’UIC.

« Les compétences techniques s’acquièrent. L’humain, on l’a ou on ne l’a pas. »

LA FORMATION : OBLIGATION ET OPPORTUNITÉ

Florent a depuis longtemps fait sa paix avec la formation continue obligatoire. « Sans la DCI et la DDA obligatoires, franchement, qui se formerait régulièrement ? Personne. » Pour son cabinet, il s’appuie sur le package IEPB — DCI, DDA, et modules complémentaires — qui lui permet de couvrir l’ensemble des exigences réglementaires en une seule offre, avec la souplesse d’ajouter chaque année un module thématique selon l’actualité. L’an dernier, c’était la LCB-FT. « Assez imbuvable à digérer, mais nécessaire. »

LE CONSEIL AUX ENTRANTS : L’HUMAIN AVANT TOUT

À ceux qui envisagent de se lancer dans le métier, Florent répond sans hésiter : « Vas-y, fonce ! À partir du moment où tu aimes l’humain, c’est fait pour toi. » 

Il n’est pas inquiet pour l’avenir face à l’intelligence artificielle. « Elle va nous aider, elle ne va pas nous remplacer. La relation, l’accompagnement, le conseil personnalisé — ça, ça ne s’automatise pas. Il faut intégrer l’IA dans nos pratiques, pas la subir. »

Une nuance cependant : se lancer seul dans une ville qu’on ne connaît pas est, à ses yeux, une erreur à éviter. « Dans ce métier, on travaille avec des personnes, pas des enseignes. Je sais chez qui aller pour quel dossier. Ce savoir-là ne s’achète pas. » Pour quelqu’un qui ne connaît ni le secteur ni les acteurs, il recommande de commencer comme mandataire dans un réseau structuré, pour bénéficier d’un accompagnement technique et d’une mise en réseau progressive.

Pour illustrer son propos, il cite l’exemple de son épouse, sans aucune expérience bancaire, qui a rapidement pris en charge les dossiers de rachat de crédits au cabinet après y avoir été formée. «On lui a expliqué ce qu’était un client, quelles questions poser, pourquoi le régime matrimonial importait. Elle n’a jamais monté un plan de financement immobilier. Elle savait en revanche comment préparer un dossier. Les compétences techniques s’acquièrent. L’humain, on l’a ou on ne l’a pas. »

Sa dernière image résume tout : « Quand vous arrivez à une réunion et que vous ne connaissez personne, qu’est-ce que vous faites ? Si vous allez chercher un verre de jus d’orange dans votre coin, ce métier n’est peut-être pas pour vous. Si vous allez vers les gens, si vous vous présentez, si la discussion s’engage naturellement — vous êtes au bon endroit. »

Propos recueillis par Jérôme

Le 17/04/2026

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