Édito – Février 2026

Entre exigences, engagements et lucidité : l’intermédiation à l’heure de vérité

Février est souvent un mois charnière. L’effervescence des vœux est passée, les bonnes résolutions se confrontent déjà au réel, et les professionnels que nous sommes entrent pleinement dans le dur de l’année. C’est précisément dans ce moment de bascule que L’IOBETTE trouve tout son sens : non pas pour rassurer à tout prix, ni pour noircir le tableau, mais pour donner des clés de lecture, poser les bonnes questions, et surtout, redonner de la hauteur à nos métiers.

Ce numéro de février 2026 est à l’image de la profession d’IOBSP et des intermédiaires d’assurance aujourd’hui : dense, exigeant, parfois inconfortable, mais profondément vivant.

Dès l’ouverture de ce numéro, nous avons fait le choix de mettre en lumière une voix singulière, engagée, et assumée : celle de Lionel Lutz. Courtier en crédit, militant syndical et défenseur d’une profession émancipée, il incarne une figure que l’on croise trop rarement dans la presse spécialisée : un professionnel de terrain qui ne dissocie pas la pratique quotidienne de la réflexion collective. Cette interview n’est ni un portrait lisse, ni un exercice de communication. C’est un échange de fond, sur le métier tel qu’il est vécu, sur ce qu’il est devenu, et sur ce qu’il pourrait – ou devrait – redevenir. Derrière le parcours, se dessine une question centrale : peut-on encore exercer ce métier sans s’interroger sur son cadre, ses dérives, ses responsabilités et sa représentation ?

Cette interrogation irrigue d’ailleurs tout le numéro.

Car l’intermédiation de crédit n’est pas qu’une affaire de pratiques commerciales ou de process bancaires. Elle est avant tout un objet juridique. Les questions de droit d’intermédiation et de démarchage en crédit immobilier posées récemment par la Cour de cassation viennent opportunément nous le rappeler. Derrière des décisions parfois techniques, ce sont des lignes de force qui se dessinent : sur le rôle du courtier, sur la qualification des actes, sur les frontières entre information, conseil et démarchage. Autant de sujets qui ne relèvent pas de la théorie, mais qui conditionnent directement la sécurité juridique des professionnels. Lire ces décisions, les comprendre et en mesurer les implications devient une nécessité, non un luxe.

À cette exigence juridique s’ajoute une autre réalité, plus pragmatique mais tout aussi structurante : celle du financement de la formation. Dans un contexte de réformes annoncées et de contraintes budgétaires accrues, comprendre les prises en charge pour les IOBSP et les intermédiaires d’assurance n’est plus un simple sujet administratif. C’est un enjeu stratégique. Qui finance quoi ? À quelles conditions ? Avec quelles limites ? Ce dossier a été pensé pour démystifier, clarifier et surtout permettre aux professionnels de faire des choix éclairés, sans dépendre de discours approximatifs ou de promesses intenables.

Mais se former, se conformer et exercer suppose aussi de s’inscrire dans un cadre européen de plus en plus structurant. Le Paquet AML européen, et plus largement la mise en œuvre des nouvelles exigences en matière de LCB-FT, redessinent profondément les obligations des acteurs financiers. Où en est-on réellement ? Quels textes sont déjà applicables ? Quelles autorités seront demain compétentes ? Loin des slogans, l’article consacré à ce sujet vise à poser un état des lieux rigoureux, indispensable pour anticiper plutôt que subir.

Anticiper, c’est également comprendre comment les banques travaillent. Trop souvent, les refus de dossiers sont perçus comme arbitraires ou opaques. Pourtant, la manière dont les banques sélectionnent les dossiers en 2026 obéit à des logiques bien précises : exigences prudentielles, contraintes de fonds propres, lecture du risque, politiques internes. Lever le voile sur ces mécanismes, c’est permettre aux intermédiaires de mieux préparer leurs dossiers, mais aussi de mieux expliquer les décisions aux clients finaux, dans un climat souvent chargé émotionnellement.

Cette exigence de transparence et de rigueur se retrouve également dans le traitement de la fraude CumCum, avec la condamnation de HSBC à une amende record de 267 millions d’euros. Au-delà du montant spectaculaire, cette affaire illustre un message clair : les manquements systémiques ne sont plus tolérés, et les autorités disposent désormais des outils pour sanctionner lourdement. Pour les professionnels de l’intermédiation, cet épisode rappelle une vérité parfois oubliée : la conformité n’est pas une formalité, mais une condition de survie du système.

Dans un registre différent, mais tout aussi éclairant, ce numéro propose un détour par nos voisins européens avec un dossier consacré à l’investissement locatif en Europe. Comparer les pratiques, les fiscalités et les cadres juridiques permet de relativiser certaines certitudes bien françaises, mais aussi d’identifier des opportunités ou des limites souvent méconnues. À l’heure où les investisseurs s’interrogent, cette mise en perspective européenne apporte un éclairage précieux.

Enfin, comment conclure ce panorama sans évoquer un sujet qui touche directement le quotidien de nombreux acteurs : l’interdiction du démarchage téléphonique et le renforcement du droit de rétractation. Là encore, les évolutions réglementaires ne sont pas anecdotiques. Elles modifient en profondeur les stratégies commerciales, les parcours clients et les responsabilités des professionnels. Comprendre ces changements, c’est éviter les faux pas et adapter ses pratiques à un environnement désormais plus protecteur pour le consommateur.

Ce numéro de février 2026 n’est donc pas un numéro de plus. Il est une invitation à prendre le temps de comprendre, à sortir des réflexes, et à accepter que nos métiers évoluent dans un cadre toujours plus exigeant. Mais il est aussi un message de confiance : une profession informée, formée et consciente de ses responsabilités est une profession capable de se projeter.

Bonne lecture, et surtout, bonne réflexion.

Jérôme Cusanno

Directeur de la rédaction

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